Un article de Robert Castellana, publi par touslesfruits.com – 24/07/2007 Les sites de production de cdrats rituels en Mditerrane occidentalePage 2 – Extraits de Culture, Introduction

Un article de Robert Castellana, publi par touslesfruits.com – 24/07/2007

 

Les sites de production de cdrats rituels en Mditerrane occidentale

Page 2 – Extraits de Culture, Introduction et Diffusion de Plantes Usages Rituels en Mditerrane Occidentale (version complte de l’article sur gardenbreizh.org)
par Robert CASTELLANA, ethnologue (CRP)
Actes des quatrimes Journes universitaires corses de Nice, 7-9 novembre 1998 [organiss par le] Centre d’tudes corses de Nice (CECN). – Nice : Universit de Nice, 2000 (06-Nice : Impr. Facult des lettres). – 176 p., ill. ; 29 cm. Textes des communications en franais et en corse. – Notes bibliogr. – DL 01-14093 (D1). – 944.99. – ISBN 2-9508315-2-4. pp. 115-127.
Sommaire
Page 1 – Les sites de production de cdrats rituels en Mditerrane
Page 2 – Conclusion et liens

Conclusion

De la botanique rituelle l’agronomie

A travers l’histoire de ces terroirs du cdrat, on souponne donc l’importance qu’ont d tenir les communauts juives dans le dveloppement de cette culture, et l’impulsion qu’elles ont pu ainsi donner l’acclimatation d’autres plantes exotiques dans ces mmes rgions.
Bien que marginale en regard de l’ensemble des plantes concernes par ces expriences d’acclimatation, cette trs ancienne botanique rituelle dut aussi connatre une large diffusion de par la position conomique et sociale qu’occupait alors la diaspora juive en Mditerrane occidentale. En Espagne notamment, les Juifs tenaient une place importante dans l’administration, en tant qu’intermdiaires entre les Chrtiens et les Musulmans. Ils matrisaient en effet les langues des deux communauts. Plus gnralement encore, la dynamique des contacts familiaux et communautaires nous par la diaspora et le rle important des Juifs dans le ngoce en Mditerrane, constituaient l’un des liens principaux entre les mondes chrtiens et musulmans7.

Les agrumes et la greffe

On sait que Juifs, Musulmans et Chrtiens ont conserv aux antiques “fruits dor” une place privilgie dans leurs traditions religieuses, mdicinales et festives, et nous venons de dcouvrir aussi qu’ils collaborrent troitement assurer leur mise en culture.
L’impact culturel de ces relations et des savoirs labors et transmis apparatra plus particulirement propos d’une dernire exigence rituelle imprieuse qui concerne le cdrat. Il doit en effet provenir exclusivement dune varit non greffe.
Cette prescription tardive passe, et vraisemblablement juste titre, pour lutter contre une pratique qui se gnralise l’poque o les arabes importent et dveloppent ces savoir-faire, dj connus de l’Antiquit. Elle vise maintenir la puret dune espce menace par la gnralisation de son croisement avec le citronnier8. La surprenante varit de greffes que mirent au point les agronomes andalous tonnera d’ailleurs les commentateurs chrtiens du Moyen-Age.
Les “Infidles” taient mme considrs, pour ces raisons, comme des espces de magiciens, rejoignant d’ailleurs en cela les alchimistes.
Ces pratiques culturales ont-elles aussi suscit des rsistances philosophiques ou thologiques ? C’aurait t peut-tre le cas si ces savoir-faire avaient pris la forme d’un savoir constitu, mais il semble que leur dveloppement dans le champ des pratiques empiriques ait grandement facilit leur acception.
Ces savoirs empiriques, labors comme nous venons de le voir lors d’une mise en contact intense des grandes traditions agronomiques mditerranennes eurent un impact culturel considrable. Bien avant la Renaissance, ils ont prpar les esprits la constitution de la science botanique moderne.
Ils ont accompagn aussi, dans leurs prolongements ultrieurs, les dveloppements de la chimie moderne dans le domaine du parfum.

Notes
7 Voir ce propos BOLLENS, op. cit., sur le rle des Juifs lors du sige de Valence (dans l’pisode bien connu du Cid), ainsi que GUICHARD P., L’Espagne et la Sicile Musulmane aux XI et XII s., Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1990, 232 p., et l’tude de documents commerciaux entre les ngociants juifs et l’Islam d’Occident par GIOTTEN SD., Letters of medieval jewish traders translated from the arabic with introduction and notes by, Princeton, Princeton University Press, 1973.
8 Principales caractristiques permettant de reconnatre le cdrat non greff: -peau grumeleuse, – pdoncule “enfonc”, – zeste trs pais, presque pas de pulpe et de jus, – ppins non couchs: debout (en ligne droite). Ces indices sont toutefois sujets caution. Plusieurs rabbins n’y accordent pas d’intrt et se soucient exclusivement de l’histoire, du fruit, de son “pedigree”.

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Informations supplmentaires sur les cdrats

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